Emergence

Sans que nous puissions encore expliquer les phénomènes à l’oeuvre, la réunion de certains éléments par des interactions complexes, formant un tout stable et cohérent, va permettre l’apparition d’une entité nouvelle et unique. Ses caractéristiques et ses capacités seront inédites et issues à la fois de tous et d’aucun de ses composants : on dit que le tout est plus que la somme des parties. Mais inversement, ses composants disposent de qualités qui n’ont pas forcément été transmises au système émergent : on dit que le tout est moins que la somme des parties. Edgar Morin réunit ces deux phénomènes sous le terme de principe hologrammatique.

Il peut être utile ici de préciser qu’un système ne se forme pas à partir de n’importe quels éléments entretenant n’importe quelle interaction. Déjà, pour qu’un élément puisse interagir avec un autre, il faut qu’ils soient dans le même environnement (et une porte ouverte !). Se faisant, ils sont ainsi soumis aux mêmes contraintes et donc susceptibles de disposer de plusieurs points communs dont un mode de communication suffisamment proche pour échanger des informations et/ou des ressources. Gregory Bateson affirme ainsi que tout système est redondant car on retrouve parmi ses éléments de nombreuses fois les mêmes caractéristiques. On peut d’ailleurs supposer que c’est de cette redondance que naîtra la propriété émergente du système nouvellement formé. Et pour boucler la boucle, cette même propriété a pour rôle de lier les systèmes nouvellement créés entre eux afin qu’ils puissent former un nouveau système à part entière.

Pour qu’il perdure, il faut également qu’il y est une attraction et une répulsion équivalentes et simultanées pour que le système puisse exister. L’attraction (issue donc du principe de redondance, la condition sine qua none), si elle est trop forte ou en tout cas non contrebalancée par un effet de répulsion, entraînera la fusion ou l’ingestion d’un des éléments par l’autre, mettant fin de facto au système. De même et logiquement, une trop forte répulsion empêchera toute interaction durable. Prenons le système solaire par exemple : l’attraction du soleil est contrebalancée par la vitesse de rotation des planètes, maintenant tout ce petit monde dans un équilibre dynamique et stable.

Puisqu’il s’agit aussi d’ouvrir le débat et le questionnement, demandons-nous alors ce qui peut bien émerger de la société humaine. Nous n’avons pas l’impression d’être aussi rigide que des atomes dans une molécule ou aussi serré que des cellules vivantes dans un organisme. De quoi sommes-nous le composant ? A y bien regarder, il semblerait tout de même que de notre conscience individuelle émerge une conscience collective sous-tendue par les flux d’informations qui se font de plus en plus massivement et rapidement. D’abord il y a eu le langage, la transmission orale, les traditions. Puis vint les dessins et l’écriture grâce auxquels des savoirs ont pu traverser le temps, les personnes et les âges. Les supports d’écriture ont peu à peu évolués, passant de la roche, aux tablettes, aux peaux, aux parchemins, aux feuilles de papiers. Mais cela oblige à un support et à un transport physique, ce qu’a abolit la technologie avec le télégraphe, le téléphone, le fax, le minitel puis l’internet avec les ordinateurs qui se miniaturisent de plus en plus et facilitent toujours plus les communications.

En somme, cette conscience collective (que certains appellent la « noosphère ») que nous ne ressentons pas est déjà présente dans le moindre échange d’informations que ce soit au travers des médias, des enseignements divers, de l’éducation de nos parents, des discussions informelles. C’est en quelque sorte ce que fait déjà la lionne lorsqu’elle apprend à chasser à ses petits, typiquement c’est aussi ce qu’on retrouve dans une ruche quand les abeilles se transmettent la position des fleurs à butiner ou bien dans une fourmilière qui est capable de réagir à une agression comme un véritable organisme. A chaque fois il y a apparition d’une entité (la ruche, la culture, l’espèce) à la connaissance plus vaste que celle pouvant être récoltée par un individu seul. C’est cela l’émergence.

L’humanité n’a donc rien inventé mais a su créer un système diablement efficace pour se développer et user des informations à leur plein potentiel. C’est peut-être là un début de piste que l’on pourrait formuler dans le cadre de la théorie de l’évolution de Darwin. Celui-ci avait comme problématique que parmi les fossiles des animaux disparus, témoins d’anciennes espèces ayant vécues sur notre planète, il n’y avait pas de fossiles d’hybrides qui pouvaient faire la transition entre une nouvelle espèce et une ancienne. Il formulait cela ainsi « la nature ne fait pas de sauts » : eh bien si. Les émergences sont par nature soudaines et imprévues, si en plus elles permettent à l’espèce d’occuper une niche écologique cela explique instantanément l’humanité qui s’est surdéveloppé en quelques milliers d’années seulement.

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