Fractalité

Cet article vous évoquera sans doute celui sur la redondance, mais là où ce dernier aborde les relations transversales entre composants, c’est-à-dire pour un même niveau d’échelle, ici nous traiteront de la relation verticale qu’il existe entre un système et ses composants.

Pour Edgar Morin, le tout est à la fois plus et moins que la somme des parties. Il est plus car, selon le principe d’émergence, il possède une qualité que l’on ne pouvait simplement déduire de ses composants. A l’inverse, il est moins car il ne dispose pas de toutes les qualités de ces mêmes composants. Pourtant, lorsque l’on observe les systèmes naturels, on constate régulièrement l’aspect fractal de ces systèmes, c’est-à-dire qu’on observe un motif qui se répète à n’importe quelle échelle. Un exemple que l’on donne souvent sont les côtes bretonnes qui apparaissent déchiquetées quelque soit la hauteur de l’observation.

Pour les systèmes vivants, cela s’exprime autrement. Bien sûr nous ne ressemblons pas à une cellule géante mais il peut être intéressant de s’en inspirer, car il se trouve que chaque cellule de notre organisme dispose de toute notre information génétique. Si chaque citoyen disposait des mêmes informations que tous les autres, la prise de décision n’en serait-elle pas plus saine ?Comme nous avons pu le voir dans un précédent article, en terme de complexité, tout système se forme du bas vers le haut, par ses composants, ces derniers le précède forcément et c’est eux qui détermineront le système. Renforcer les individus revient donc à renforcer la société, CQFD.

Agir de façon néguentropique pourrait revenir à agir par principe. C’est le sens que peut prendre le proverbe « l’important n’est pas le but mais le chemin », car en agissant ainsi on ne peut deviner le but à atteindre, ce sont nos actes en eux-mêmes et comment ils s’inscrivent dans notre environnement qui nous intéressent. Voilà le sens de l’interaction néguentropique : résoudre et assumer l’incertitude. Ainsi, tout système émergent à partir de composants donnés ne peut être que cohérent avec eux et reste tout à fait imprévisible quant à sa forme finale.

Emmanuel Todd l’a déjà illustré dans ses ouvrages en étudiant les structures familiales de différents pays. Il a démontré que, dans un pays donné, le type d’organisation des familles (patri ou matrilinéaire, nucléaire, etc) en détermine largement le système politique. Une nation n’étant jamais que le regroupement de nombreuses familles entre elles comme un système n’est qu’un regroupement de sous-systèmes. C’est ainsi que cet auteur avait prédit la fin de l’URSS plusieurs années avant en observant une augmentation du taux de mortalité infantile (à vérifier). Il prétend à présent que l’Europe actuelle est impossible au regard des structures familiales trop diverses.

Une autre illustration de la fractalité concerne le foetus. Non seulement il évolue dans un milieu liquide mais surtout il passe par des stades de développement qui font tantôt penser à un poisson, tantôt à un lézard ou à un autre animal similaire. Nous le savons à présent, à peu de choses près ce sont toutes les formes que nous avons pris au cours de l’évolution de notre espèce. C’est le seul chemin possible pour qu’une cellule se multiplie et face à un être humain (ce n’était qu’un exemple, c’est le cas pour bien d’autres espèces également). On dit que l’ontogenèse résume la phylogenèse : le développement d’un individu résume le développement de toute une espèce.

Rappelons-le, la fractalité ne sort pas de nulle part, elle n’est qu’une résultante du fait que le système est nécessairement à l’image de ses composants. On peut la qualifier de propriété émergente. Ce principe a une résonance quant à la philosophie asiatique, notamment dans le taoïsme basé sur le Yin et le Yang ou lorsque Gandhi disait « soit le changement que tu espères pour le monde ». Dans le cadre d’une entreprise ou d’une société par exemple, si ses objectifs ne prennent pas en compte ceux de ses salariés ou bien de ses citoyens, alors elle va au devant d’une pathologie systémique qui ne pourra se résoudre que lorsque les tensions sur les constituants disparaitront. Cela s’exprimera par du turnover, des burn-out (excusez les anglicismes) et autres dépressions. Seule solution : se tourner vers l’humain.

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